Atlas - Dūr-Šarrukīn

Informations essentielles
Localisation

Irak, province de Ninive

Date
Ville nouvelle édifiée sur le village de Maganuba, les travaux de Dūr-Šarrukīn débutèrent en 717. Inaugurée en 706, Dūr-Šarrukīn fut abandonnée en 705 en tant que capitale impériale mais demeura une ville secondaire sous la tutelle d’un gouverneur jusqu’à la chute de l’empire néo-assyrien en 612.
Périodes concernées
  • Néo-assyrienne
Exploration
Fouillé à partir de 1843 par les français P.E. Botta puis V. Place, des travaux d’études architecturales furent ensuite menés entre 1929 et 1935 par l’Oriental Institut of Chicago. Par la suite de nombreux projets de mise en valeur des connaissances et du site, aujourd’hui en danger, furent engagés.
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Bibliothèque du temple de Nabû

Située sur le site actuel de Khorsabad dans le nord de l’Irak, à environ 15 km de Mossoul, Dūr-Šarrukīn , dont le nom signifie « La forteresse de Sargon », fut inaugurée en 706 av. J.-C. Elle fut la capitale de l’empire assyrien jusqu’en 705, date à laquelle elle fut abandonnée au profit de Ninive. Ville nouvelle créée ex nihilo par le roi Sargon II (721-705), elle possède un urbanisme complexe et symbolique qui peut être considéré comme une expression des liens entre souveraineté, pouvoir et religion à l’apogée de la période néo-assyrienne.

Histoire

Situé à environ 15 km de Ninive, Dūr-Šarrukīn, sur le site de Khorsabad, est une ville nouvelle construite par Sargon II (721-705) pour devenir la nouvelle capitale de l’empire néo-assyrien, à la suite de Kalhu, actuelle Nimrud. Les travaux débutèrent en 717 avec l’aménagement des canaux et des espaces extérieurs. La nouvelle capitale fut inaugurée en 706 lors d’un événement fastueux pour lequel on fit venir les statues des dieux en provenance de divers lieux d’Assyrie. Le déroulement des rapides et gigantesques travaux est connu grâce aux nombreux textes relatifs à cet événement (inscriptions royales, documents administratifs et lettres royales). Ayant recours à la main d’œuvre issue des déportations et à une organisation rigoureuse où chaque gouverneur des provinces de l’empire devait participer en fonction de ses ressources, la ville fut construite en un temps record.

La ville est pourvue d’une enceinte extérieure approximativement carrée (environ 1750 par 1650 m) de 16 283 coudées de longueur pourvue de huit portes dont sept furent retrouvées ; chacune était dédiée à une ou plusieurs divinités et implantée sur la muraille selon un ordre bien établi. Une citadelle d’environ 700 m par 400 m, localisée au nord-ouest du site, était pourvue de deux portes monumentales. Situé en son centre et édifié sur une terrasse, le palais de Sargon II, appelé « Palais sans rival » était entouré d’une zone de temples, qui fut longtemps interprétée comme un « harem » par les archéologues. Il domine le reste de l’acropole depuis une hauteur d’environ 7 m. Le bâtiment est à cheval sur l’enceinte et marque une évolution notable dans l’architecture palatiale assyrienne.

Sa façade est percée d’un triple portail décoré de reliefs monumentaux et ouvre sur une grande avant-cour qui relie le bâtiment royal aux temples de Sîn, Šamaš, Nikkal, Ea, Adad et Ninurta. Le temple de Nabû, dieu des écrits et des scribes, était, quant à lui, édifié sur une terrasse indépendante et relié au palais par un pont de pierre. L’acropole abritait également des demeures de hauts dignitaires construites sur un modèle similaire au palais, dont celle du vizir et frère du roi Sîn-aha-uur.

Au sud de la ville, également à cheval sur l’enceinte extérieur, le palais F est un arsenal (ekal māšarti) servant à l’entrepôt des armes et des butins de guerre. Une salle du trône y fut mise au jour.

La ville basse était occupée par des quartiers résidentiels.

Contexte culturel

Au moment de la prise de pouvoir de Sargon II (ou Šarru-kin, littéralement « roi légitime ») (721-705) après le règne de Salmanazar V (727-722), le nouveau roi d’Assyrie, peut-être lui aussi fils de Tiglath-phalazar III (744-727) règne sur un empire, alors à son apogée, qui domine la plupart de ses adversaires. Fort des usurpations précédentes, Sargon II organise son règne en éduquant son fils Sennachérib (704-681) aux affaires de l’État et entretient une relation cordiale avec son frère Sîn-aha-uur qu’il installe à ses côtés dans son complexe palatial. Des rébellions forcèrent toutefois le souverain à mener de nombreuses opérations militaires pour asseoir la puissance de son empire. Il intervint à l’ouest dans la vallée de l’Oronte en 720, et jusqu’à Gaza à la frontière avec l’Égypte ; en Babylonie, il conclue un pacte avec Merodach-Baladan II (721-710), chef du Bit-Yakin puis roi autoproclamé de Babylone en 721. Sargon II rompt ce pacte et prend le trône babylonien en 710, commettant alors un « péché » aux yeux de certains Assyriens. Au nord-ouest il rétablit l’autorité de l’empire et réduit le royaume de Karkémiš à l’état de province assyrienne en 717. Enfin, dans la région du lac d’Ourmia, au nord-est de l’empire, il remporte la bataille d’Uwauš contre les Urartéens et soumet la ville sainte de Muair qui est pillée. Les richesses issues de ces succès militaires furent réinvesties dans l’immense projet de construction d’une nouvelle capitale à la gloire du souverain, Dūr-Šarrukīn ou « Forteresse de Sargon ».

La ville nouvelle suit un urbanisme complexe : des normes géométriques à connotation symbolique régissent le plan où rien n’est laissé au hasard, de l’emplacement des portes de l’enceinte, à la mesure de celles-ci en passant par l’implantation des divers bâtiments monumentaux. Initié en 717, les travaux sont menés en une dizaine d’années et la Cour s’installe dans la nouvelle capitale en 706 au cours d’une cérémonie fastueuse durant laquelle on convia les statues des divinités de l’empire. Sargon II fit construire un palais monumental, nommé é-gal-gaba-ri-nu-tuk-a (le Palais sans rival). Ce dernier, richement décoré de bas-reliefs représentant des scènes de victoire et figurant ou nommant le souverain, se situe au sommet de la citadelle et inaugure une nouvelle tradition dans l’architecture palatiale assyrienne, en intégrant entre autre les temples dans le complexe royal. Du haut de sa terrasse de 12 m, le complexe politique et religieux surplombe une ville de plan approximativement carré accessible depuis l’extérieur par des portes monumentales annoncées et protégées par les fameux taureaux ailés ou aladlammû aujourd’hui exposés au Louvre.

En 705, alors que Sargon II semble au sommet de sa puissance, il intervient une nouvelle fois en Anatolie, dans la région du Tabal et essuie une défaite qui lui coute la vie. Son corps n’ayant pas été retrouvé, l’impossibilité de mener sa cérémonie funéraire fut interprétée comme une punition divine, motivant sans doute son fils et successeur Sennachérib (704-681) à quitter Dūr-Šarrukīn pour s’installer à Ninive dès le début de son règne. Malgré son déclassement et le départ de la Cour assyrienne, Dūr-Šarrukīn ne fut pas complètement abandonnée et un gouverneur y est attesté jusqu’à la chute de l’empire assyrien en 612.

Bibliographie

  • Albenda P., 2003 “Dur-Sharrukin, the Royal City of Sargon II, King of Assyria”, The Canadian Society for Mesopotamian Studies/La Société Canadienne des études mésopotamiennes, Bulletin 38, September.
  • Frame G., 1997, « Khorsabad », in Oxford Encyclopaedia of Archaeology in the Ancient Near East3, E.M. Meyers (dir.), Oxford et New York, Oxford University Press, p. 295-298.
  • Loud G., 1936, Khorsabad. Part 1. Excavations in the Palace and at a City Gate, Oriental Institute Publications 38, Chicago.
  • Loud G., Altman Ch.B., 1938, Khorsabad. Part II. The Citadel and the Town, Oriental Institute Publications 40, Chicago.
  • Pedersèn O., 1998, Archives and Libraries in the Ancient Near East 1500-300 B.C., CDL Press, Bethesda, Maryland, p. 155-158.

http://archeologie.culture.fr/khorsabad/fr

Auteur

Verdellet, Cécile

Notice

Titre : Dūr-Šarrukīn
Auteur : Verdellet, Cécile
Sujet : Site
Editeur : Verdellet, Cécile
Date : juin 2019
Format : Texte & Images
Langue : French
Relation : http://nimrod.huma-num.fr/establishements/bibliotheque-du-…e-nabu-khorsabad/
Couverture : Irak, province de Ninive / Xe-IVe s. av. J.-C. / Néo-assyrienne
Droits : CC by NC - SA